mercredi 20 juin 2007 à 10:29 ::
General
Contribution au débat pour une écorefondation
Les militant-es et sympathisant-es de l’écologie politique s’inquiètent de l’issue de la séquence électorale que nous venons de vivre : mauvais score de la candidate des Verts à l’élection
présidentielle, « disparition » des candidats Verts après le premier tour des législatives et plafonnement des résultats, dispersion des forces écologistes dans plusieurs partis et regroupements,
confusion politique sur les contours de l’écologie et la stratégie à mener. Ailleurs, dans d’autres pays européens, les Verts gravitent autour de scores à deux chiffres…
Ces échecs ne sont pas simplement le fait d’une conjoncture défavorable et ils ne sont pas « la faute des autres » - ce serait une sorte de négation de la politique et une forme de
déresponsabilisation dans laquelle nous ne souhaitons pas verser. Ils ont des causes profondes qu’il faut rechercher dans les choix politiques, collectifs, qui ont été faits ces dernières années
par notre organisation et ses responsables.
Il est nécessaire d’en faire un bilan serein et lucide si nous voulons proposer des réponses qui nous permettront, dans une autre logique, la reconquête politique, culturelle et la réussite
électorale.
Les Verts ont incarné de façon quasi exclusive l’écologie entre 1997 et 2002 car ils avaient adopté notamment une stratégie claire de participation et d’apport Vert au sein du gouvernement de la
gauche plurielle. C’est à cette période que l’écologie a pu se traduire en actes et gagner en audience auprès de nos concitoyens. Cependant, le déficit de prise de recul vis-à-vis de cette
expérience ainsi qu’une gestion du parti « trop collée » à cette participation ont été les ferments des divisions internes qui ont suivi.
C’est un fait sur la période récente, la confusion du positionnement politique des Verts et de leur stratégie leur a fait perdre cette position exclusive. Avec l’éparpillement au profit d’une
écologie de lobbying associatif (Nicolas Hulot, Alliance pour la planète), mais aussi vers la gauche critique (José Bové), le PS et le MoDem, l’écologie s’est une nouvelle fois dispersée.
Pour que l’écologie politique soit en mesure de peser de façon significative dans la société et dans les politiques publiques, elle doit disposer d’élus qui eux-mêmes doivent s’appuyer sur un
réseau dynamique et représentatif de militant-e-s. Les conditions pour y parvenir sont une clarification et une refondation de « l’outil Vert », sur les bases :
· D’un corpus programmatique en phase avec les défis de notre temps, avec un parti au cœur de l’écologie politique, sachant produire collectivement des propositions concrètes et audibles, un
parti qui ne confond pas transversalité des thématiques et empilement de généralités issu de compromis internes
· D’une stratégie gagnante, avec un projet de coalition démocratique pour gouverner, au lieu des errances entre exigences intempestives et mal maîtrisées, concessions et replis non assumés
· D’une organisation démocratique ET efficace, donc simple d’accès et accessible dans ses fonctionnements, riche d’une base sociale élargie pour qui le parti est un outil et non une finalité
de vie
Briser ce plafond de verre qui pénalise l’écologie, bâtir le cadre pour le mandat législatif à venir, cela implique d’arbitrer, de faire des choix. C’est l’essence même de la politique, et c’est
ce sur quoi nous voulons nous engager pour engager un nouveau cycle.
L’écologie politique a besoin de retrouver un espace autonome et efficace. Sa refondation, sur le fond, la stratégie et l’organisation, est devenue vitale. Pour l’écologie politique elle-même
comme pour toute la gauche.
Ce projet a vocation à proposer un cadre aux débats qui fleurissent sur la refondation de l’écologie politique dans lesquels nous prenons part.
Un parti écolo dans ses objectifs et ses moyens
1. Le parti de l’écologie
2. Un parti de gauche,
qui veut réguler l’économie réelle
3. Un
parti démocratique, tourné vers les réalités d’une société complexe
4. Un parti de gouvernement :
pour transformer la société à partir des politiques publiques
5. Un parti métissé et mixte
Une organisation et une stratégie au service de nos objectifs
6. Une organisation
démocratique et donc efficace
7. Une communication populaire,
pour que l’écologie soit partagée par le plus grand nombre
8. Une
stratégie d’implantation et une sociologie interne diversifiée
9. Des débats féconds et
refondateurs
10. Une stratégie
pour faire gagner l’écologie dans des majorités
Les échecs successifs des Verts à l’élection présidentielle et ce « plafond de verre » atteint lors des élections législatives sont doublés d’une confusion politique et stratégique pour
l’écologie.
Il s’agit à présent de reconstituer un parti politique écologiste autonome, en phase avec la société, et de refonder un parti qui soit clair dans son discours, son fonctionnement, sa
communication et sa stratégie.
Aujourd’hui, les structures des Verts ne sont pas en mesure de relever ce défi. L’écologie de la rupture nous conduit surtout à nous couper de la société. Il faut refonder le parti d’une écologie
positive et efficace, qui aspire à transformer la société ici et maintenant à partir des réalités, avec les politiques publiques.
Si nous voulons que l’écologie politique retrouve sa place dans un nouvel espace politique, il faut convoquer des Assises de l’écologie politique auxquelles les Verts doivent participer avec
d’autres écologistes pour
constituer un NOUVEAU PARTI VERT.
Béatrice Chasle (Pays de la Loire)
Pascale Debord (Pays de la Loire)
Romain Langlet (Conseiller régional des Pays de la Loire)
David Martin (Adjoint au Maire de Tours – Centre)
Jean-Marc Pasquet (Paris)
Barbara Pompili (Paris)
Christophe Porquier (Conseiller municipal d’Amiens – Picardie)
Christophe Rieuze (Paris)
1. Le parti de l’écologie
Axe N°1
A force de parler de tout (et de rien pour nombre de citoyen-nes) sans avoir de priorité, la spécificité des écologistes politiques s’est diluée dans une communication au contenu politique faible
et pseudo-généraliste.
La question de la survie de l’espèce humaine dans les conditions actuelles est posée à moyen terme. Rien de moins. Les enjeux climatiques et énergétiques, la chute de la biodiversité, l’inflation
démographique, le productivisme, la diffusion de matières toxiques sont au premier plan d’une crise écologique globale et massive.
L’engagement d’écologistes en politique doit avoir pour objectif premier d’apporter des réponses à la hauteur de ces enjeux majeurs qui risquent de bouleverser notre contrat social, et plus
largement la planète.
Il faut se féliciter que Nicolas Hulot ait pu donner une plus grande visibilité à ces thèmes centraux de l’écologie. Il en fait bénéficier les associations de protection de l’environnement qui
peinaient à être entendues. Leur rôle est bien de chercher à faire avancer les dossiers quel que soit le gouvernement en place. Le rôle d'un parti de l'écologie politique est bien, à partir
d'analyses solides, de proposer des perspectives chiffrées en termes de politiques publiques, qui doivent désormais changer d'échelle, pour ensuite les mettre en oeuvre.
C'est ainsi que les Verts peuvent sortir de l’amalgame politique qui s’en est suivi.
2. Un parti de gauche, qui veut réguler l’économie réelle
Axe N°2
Même s’il est parfois fondé dans la critique globale, le discours de dénonciation de la mondialisation, de l’Europe, du libéralisme, de l’économie de marché… n’a aucune efficacité concrète pour
apporter des réponses aux problèmes réels d’inégalités et de misère qui frappent une frange croissante du corps social. On ne change pas la société uniquement avec des valeurs et des
discours.
Dans un contexte économique bouleversé par l’émergence de nouveaux acteurs continentaux (Chine, Inde…), la question n’est plus de savoir si on est contre le libéralisme, la mondialisation ou
l’économie de marché, mais de savoir proposer des modes de régulation, des cadres légaux et réglementaires qui protègent l’environnement et combattent les injustices, par une fiscalité qui
redistribue et incite, par l’action publique qui protège et construit des cadres émancipateurs pour tou-te-s et pour chacun-e.
Si les écologistes doivent se situer à gauche, c’est précisément parce qu’ils entendent que la politique prime sur l’économie et non l’inverse. Il nous faut en ce sens éviter la double impasse de
la vision globale trop globalisante et du catalogue de mesures trop court-termistes en redonnant force à la cohérence des orientations politiques. C’est aussi dans le détail des dispositifs qu’il
faut aller pour améliorer pied à pied le sort des personnes qui sont délaissées, mal payées et qui souffrent dans leur quotidien. Les espaces d’économie solidaire doivent changer d’échelle mais
nous devons dans le même temps relever le défi de la régulation de l’économie de marché. L’opportunité d’une « nouvelle économie verte » rend à notre portée la baisse de notre empreinte
énergétique et écologique.
C’est aussi en imaginant les larges outils de discussion et de négociation où les pouvoirs publics peuvent agir : c’est pourquoi il faut renforcer l’Union européenne, dans ses moyens comme sa
volonté car elle est un cadre pertinent pour agir au niveau planétaire, mais aussi investir et réorienter l’OMC pour qu’elle devienne un lieu de régulations sociales et environnementales. Face à
une mondialisation dérégulée, l’action publique doit retrouver les moyens d’agir au niveau local, national, européen. Il est nécessaire de proposer aux partenaires sociaux un Nouveau Contrat
Social, afin de moderniser et protéger les systèmes de solidarité qui doivent continuer à exister au niveau national et européen.
3. Un parti démocratique, tourné vers les réalités d’une société complexe
Axe N°3
Les priorités de notre mouvement n’entrent que trop peu en résonance avec les préoccupations citoyennes. Elles mettent même parfois en contradiction nos politiques publiques avec les thématiques
affichées par le matériel de propagande « venu d’en haut ». A force d’utiliser une communication généraliste et trop exclusivement « en contre », sans odeur ni saveur, les Verts finissent par ne
parler qu’à trop peu. La démocratie, c’est accepter de ne pas avoir raison seul et intégrer l’idée que d’autres forces sociales représentent des visions, des intérêts, des attentes, des
craintes…. qui méritent toujours d’être entendus, et qui contribuent à ajuster progressivement un programme politique avec des réalités dont la complexité éloigne des réductions rassurantes.
Les écologistes doivent être capables de parler avec tous : artistes, ouvriers, salariés en CDD, chefs d’entreprises, chercheurs, associations… et de nouer un dialogue constructif avec toutes les
forces sociales : associatives, politiques, confessionnelles et athées, économiques, syndicales… en défendant leur point de vue, mais sans sectarisme,en prenant en compte les attentes
contradictoires sans les empiler, en jouant le compromis social, ouvert et conflictuel. Formaliser notre propre point de vue avant de hiérarchiser nos priorités selon nos valeurs démocratiques et
humanistes : cette démarche doit aussi prévaloir dans nos relations externes, en France comme à l’étranger.
4. Un parti de gouvernement : pour transformer la société à partir des politiques publiques
Axe N°4
Les Verts se sont construits comme un parti-mouvement, dans « les luttes » et la participation au sein d’exécutifs. Cette posture est le fait d’une petite organisation aux ressources limitées.
Elle s’est traduite en notre sein par une priorité à « l’actualité » et parfois, à une méfiance vis-à-vis des élu-es dont le travail connait des cycles plus longs.
Une révolution culturelle doit s’opérer pour que les Verts, élu-es ou non, acceptent leur rapport au pouvoir et le construisent ensemble dans le temps. La raison d’exister des Verts n’est pas de
participer au Grenelle de l’environnement avec les associations, ou d’organiser des manifestations contre le pouvoir UMP pendant 20 ans… mais de constituer une force politique qui peut agir sur
les réalités, en s’inscrivant avec des élus dans des coalitions majoritaires. Les Verts doivent donc se projeter dans une culture de gouvernement –celle qui fait l’objet de réussites et de
valorisation au niveau local et régional- et rompre avec les postures souvent stériles qui les confinent dans le champ de la protestation de court terme et de la marginalité. L’écologie n’est pas
une plainte, c’est l’action. Elle ne se confond pas avec le diktat de l’immédiateté et requiert l’implication d’une base sociologique plus large dans la construction programmatique.
5. Un parti métissé et mixte
Axe N°5
Notre parti intègre l’universalisme parmi ses valeurs. Reconnaissant que tous les êtres humains « naissent libres et égaux en droit », les membres de notre Parti sont des laïcs conséquents :
égalité des droits et liberté de conscience pour touTEs !
Cet impératif de liberté pour tous au sein de l’espace public, la laïcité en est garant. Nous le portons aussi dans nos priorités de parti et nos politiques. C’est l’une des meilleures façon de
combattre les discriminations, en vantant les vertus du métissage, de la mixité et l’ouverture à autrui. C’est ce qui doit nous servir de point d’appui pour faire reculer le racisme,
l’antisémitisme, le sexisme, l’homophobie…
6. Une organisation démocratique et donc efficace
Axe N°6
L’organisation d’un parti est à l’image de sa culture politique . Que constater ? Les Verts cumulent le turn-over permanent à tous les niveaux avec des seuils de majorité qui favorisent la perte
de mémoire collective et leur balkanisation autour de « noyaux durs » de quelques élu-es, de permanents ou de militants surinvestis. La recherche du consensus tend à favoriser les décisions
prises au plus petit dénominateur commun. Les structures parlementaires et exécutives (CNIR et CE) sont inorganisées mais décisionnelles et ne fonctionnent qu’en caisse de résonance de phénomènes
de pouvoirs : élus influents, sensibilités,… Le leadership est multipolaire dans les médias. Les instances nationales sont par nature inefficaces puisqu’elles reflètent des intérêts particuliers
internes à la structure ; au gré des manœuvres, et ne prennent pas des décisions conformes à l’intérêt général.
Or, un parti de l’écologie politique se doit d’être démocratique, et donc efficace. Une organisation n’est jamais idéale mais elle porte en elle des dynamiques propres : les nôtres écartent la
démocratie réelle ET l’efficacité. Changement d’organisation, évolution de culture politique, assumons le fait majoritaire. Sans être une organisation « normalisée », un parti doit être capable
de dégager une majorité claire, de choisir les personnes qui l’incarnent, tout en respectant le débat interne et les points de vue alternatif, avec une minorité respectée et disposant de
véritables pouvoirs de contrôle, de propositions...
7. Une communication populaire, pour que l’écologie soit partagée par le plus grand nombre
Axe N°7
Les Verts privilégient parfois l’emphase révolutionnaire (changer le monde, la révolution écologique…) mais en cultivant la rupture, ils entretiennent une forme de marginalité et s’extraient des
moments de consensus et d’empathie avec l’opinion sur des phénomènes populaires partagés (attentats du 11 septembre, coupe du monde de foot, jeux olympiques, tsunami, record du tgv…). D’une
certaine manière, ils expriment le point de vue d’une sociologie interne sur-militante et relativement protégée, au lieu de se comporter en acteur du débat public.
La communication d'un parti doit avoir pour but de susciter l'adhésion aux analyses et propositions qu'il présente. Pour cela, au lieu de se réduire à la seule critique des politiques adverses,
l'écologie doit être positive, propositionnelle, capable de s'inscrire dans des mouvements d'opinion fédérateurs.
8. Une stratégie d’implantation et une sociologie interne diversifiée
Axe N°8
Les écologistes agissent localement. Ils doivent redonner la primauté au territoire et développer leur assise à partir de réalités locales qui interpellent les citoyens. A partir du logement, de
l’alimentation, du cadre de vie, des déplacements, de la santé… les Verts pourraient davantage impliquer des couches importantes de la population.
Les formes d’adhésion sont devenues plus souples, plus intermittentes, et davantage rattachées à des causes. Il faut accepter et développer ces adhésions de sympathie et de proximité, plus que de
militantisme. C’est une nécessité pour diversifier les profils internes, et réguler nos modes d’organisation. La multiplication des réunions tardives est davantage le symptôme d’un parti
sur-encadré par des militants aguerris qu’un signe d’efficacité. La sociologie des Verts doit se rapprocher davantage de celle de la société. Et pour cela, le parti ne doit pas mépriser ses
rythmes. Dans leurs instances, dans leur implantation de moyen et long terme, les Verts doivent valoriser l’action de terrain, le travail local… au travers d’un fédéralisme qu’il faut redécouvrir
tant il a été malmené par la logique très jacobine des courants.
9. Des débats féconds et refondateurs
Axe N°9
Le questionnement et le débat sont rapidement écartés au nom d’une prétendue “dogma” verte, élaborée dans des conditions ne permettant que trop rarement l’appropriation par tout le parti, et
encore moins co-élaborée par une vraie diversité des forces sociales, sociétales, environnementales, syndicales et représentatives. Afin d'asseoir une légitimité sur de larges bases, il est
nécessaire de développer des analyses solides à partir d'une réflexion élargie à toutes les forces sociales. Notre refondation idéologique est ainsi féconde sur le fond comme sur notre manière de
fonctionner.
10. Une stratégie pour faire gagner l’écologie dans des majorités
Axe N°10
L’écologie politique a besoin d’un parti autonome, qui rassemble tous les écologistes, avec des différences de sensibilités. Mais l’autonomie n’est pas l’isolement. Pour pouvoir mettre en oeuvre
nos propositions de politiques publiques, il faut chercher des alliés en fonction des enjeux et des réponses à leur apporter. La place des Verts est à gauche, il faut cependant être en capacité
de créer les conditions de mise en oeuvre des politiques publiques que nous préconisons. On ne peut seulement faire le constat que Belges et Allemands font de meilleurs scores parce qu’ils
bénéficient de la proportionnelle et continuer simultanément de foncer tête baissée dans le mur des scrutins uninominaux à deux tours.
L’autonomie politique des Verts peut s’exprimer dans les scrutins avec une dose de proportionnelle. Mais il est nécessaire de passer à une autre stratégie tant que seront maintenus les scrutins
uninominaux à deux tours qui nous éliminent de la vie politique. Pour cela, il faut envisager au niveau national la constitution d’une coalition qui prépare en amont les élections législatives,
sans fermer la porte au dialogue avec ceux qui sont susceptibles de s’y inscrire : le PS qui devra réviser ses prétentions hégémoniques à la lumière de son incapacité à gagner, le Modem qui va
devoir faire un choix entre le soutien à la majorité et la construction d’une alternative à l’UMP, et enfin la porte ne doit pas être fermée du côté de la gauche critique et communiste, mais ils
doivent faire un choix stratégique : agir dans le champ de la protestation ou dans celui de la participation et de la gouvernance. Aux écologistes d’être dans une position d’ouverture, dynamique,
pour constituer une force autonome qui sera incontournable dans une nouvelle coalition de gouvernement.
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