Rebonds
Le parti écologiste doit faire taire les querelles internes et se réinventer pour survivre à la débâcle du 6 mai.
Verts : faire cesser le jeu de massacre
Par Claude-Marie VADROT, journaliste, membre des Verts.
QUOTIDIEN : vendredi 18 mai 2007
Les Verts ont plongé en apnée électorale, et la rumeur de leurs dernières querelles ne troublera sans doute pas la nouvelle campagne qui
commence car il n'est pas certain qu'ils puissent revenir à la surface. Les Verts coulent pavillon bas alors que, paradoxalement, de l'Ile-de-France au sud de la France en passant par
le Nord, Paris, la région Poitou-Charentes ou la Bretagne, ils font la preuve qu'ils sont utiles, que, confrontés aux réalités, ils proposent et réussissent.
Malgré les angoisses fréquentes des socialistes, qui redoutent toujours que leurs alliés prennent les électeurs à rebrousse-poil, au contraire,
ils finissent par les convaincre que l'écologie n'est pas une punition ou une potion amère, mais un autre mode de vie libérateur.
Il est donc temps de se demander si, au niveau national, les Verts servent encore à quelque chose, s'ils ont vocation à briguer de façon
dérisoire la présidence de la République. La question mérite également d'être posée pour les législatives, puisque la proportionnelle n'existe pas dans ce pays ; les combats impossibles
ne sont pas forcément utiles. Depuis qu'ils ont réussi à unir leurs trois courants en 1985, les Verts ont coupé plus de têtes que n'importe quel autre parti : toutes celles qui
dépassent. Tous ceux qui parlent plus haut ou plus fort, tous ceux qui se distinguent doivent rentrer dans le rang, tous ceux qui horreur suprême réussissent à accrocher la presse
par leur charisme ou par leurs idées parfois les deux en même temps, ce qui est vraiment pendable doivent disparaître.
Dans d'autres partis et sous d'autres régimes, cela s'appelait le retour ou la rééducation à la base. Jeunes ou vieux, beaux ou moches, femmes ou
hommes, ils défilent plus vite que les marionnettes de Guignol. Ils s'accrochent un peu puis disparaissent, sachant que leur parti vibrionnant, brouillon et
«génétiquement» suicidaire, ne pratique guère l'amnistie. Ce jeu de massacre avait d'ailleurs commencé bien avant que le mouvement s'estampille «Vert». Il est temps que
l'étude macroscopique des courants à l'intérieur des Verts cesse d'être une science si mystérieuse qu'elle n'est maîtrisée que par quelques dizaines de personnes. Quand un parti compte
à peine 8 000 adhérents, la scissiparité [reproduction asexuée par division simple de l'organisme, ndlr] n'est pas une merveille de la nature, mais une maladie
mortelle.
Donc, c'est clair, et les militants qui n'ont pas encore déserté le navire sont nombreux à le penser : il est temps de réinventer les Verts sur
des bases claires, temps de faire revenir au bercail des dizaines de milliers de militants éloignés par les luttes intestines et les congrès cafouilleux.
Autrement dit, il est temps pour le parti qui se veut la mauvaise conscience de la société de faire de la politique autrement. Et aussi, comme le
font si bien les Verts allemands, de remettre l'écologie, la protection de la nature et la lutte contre les pollutions en tête de leurs priorités. Que les Verts investissent donc la
fameuse proximité dont les politiques nous rebattent les oreilles, qu'ils concentrent leurs efforts sur les conseils municipaux, les conseils généraux et les conseils régionaux, qui
sont et doivent être leurs lieux d'excellence.
Que dans une France guettée, à tort ou à raison, par une décentralisation grandissante, ils opposent leurs solutions d'une vie différente aux
élus locaux ou régionaux trop souvent obnubilés par leurs réélections et surveillés par les entreprises. Aux Verts de se tourner prioritairement et définitivement vers les actions
concrètes, comme ils savent si bien le faire. Qu'ils restent un parti, mais qu'ils soient les premiers à inventer une formation politique fédérale d'un nouveau type, aux règles
simplifiées et aux choix clairs, représentée au niveau national par un ou une responsable qui ne serait pas jetable chaque année comme un Kleenex.
http://www.liberation.fr/rebonds/254516.FR.php
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